couvAMADEUS 31 octobre 1984 

Réalisé par Milos Forman

Scénario : Peter Schaffer d’après sa pièce
Photo : Miroslav Ondritchek
Décor : Patrizia von Brandenstein
Montage : Nena Danevic 

(Avec : Tom Hulce: Mozart F. Murray Abraham: Salieri Elisabeth Berridge: Constance Weber Simon Callow: Emmanuel Schikaneder Roy Dotrice: Leopold Mozart Jeffrey Jones: Joseph II Christine Ebersole: Catarina Cavalieri).       

A Vienne, en novembre 1823. Au coeur de la nuit, un vieil homme égaré clame cette étonnante confession : "Pardonne, Mozart, pardonne à ton assassin !" Ce fantôme, c'est Antonio Salieri, jadis musicien réputé et compositeur officiel de la Cour. Dès l'enfance, il s'était voué tout entier au service de Dieu, s'engageant à le célébrer par sa musique, au prix d'un incessant labeur. Pour prix de ses sacrifices innombrables, il réclamait la gloire éternelle. Son talent, reconnu par l'empereur mélomane Joseph II, valut durant quelques années à Salieri les plus hautes distinctions. Mais, en 1781, un jeune homme arrive à Vienne, précédé d'une flatteuse réputation. Wolfgang Amadeus Mozart est devenu le plus grand compositeur du siècle. Réalisant la menace que représente pour lui ce surdoué arrogant dont il admire le profond génie, Salieri tente de l'évincer. 

4Le génie de Dieu...    

Avant de réaliser Larry Flint et Man on the moon, Milos Forman avait déjà en 1984 retracer la vie d’un véritable phénomène avec ce film consacré à Mozart. 18 ans plus tard, le film ressort dans nos salles allongé d’une vingtaine de minutes constituant ainsi la version définitive voulue par le réalisateur, le director’s cut.  Ce thriller musical, tourné dans des décors naturels à Prague, est l’adaptation de la pièce de Peter Schaffer (qui a signé lui-même l’adaptation) qui opposait Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) à Antonio Salieri (1750-1825) alors compositeur officiel de la cour de l’empereur Joseph II. Cette pièce avait été montée en France en 1982 avec Roman Polanski dans le rôle Mozart (il signait aussi la mise en scène) et François Périer dans le rôle de Salieri. 

1Le film en fait n’est pas une véritable biographie du grand compositeur. Il s’agit d’un double portrait où Mozart est vu à travers Salieri sur une période qui s’étend sur 10 ans, de l’arrivée du jeune génie à Vienne ( la Capitale des musiciens...) jusqu’à sa mort. Si Schaffer et Forman respectent plus ou moins la vérité historique (le mariage de Mozart avec Constance Weber, la commande du Requiem par un mystérieux inconnu, l’enterrement dans la fosse commune...), ils ont pris toutefois certaines libertés pour rendre le personnage de Salieri plus important. Sur cette légende entretenue par Pouchkine et Rimski-Korsakov selon laquelle Salieri aurait empoisonné Mozart, le film n’apporte pas de réponse (pour cause, Mozart est officiellement mort d’une broncho-pneumonie). Par contre, ils font de Salieri le mystérieux inconnu alors qu’il s’agissait du comte von Walsegg (pour confirmation, je vous renvoie à la biographie de Mozart par Jean et Brigitte Massin aux éditions Fayard).  Selon Salieri, il est victime d’une trahison de Dieu. Dieu lui a donné l’espoir d’un talent mais il a donné à Mozart ce qu’il n’aura jamais: le génie. Lorsqu’il découvre des partitions originales sans la moindre correction, pour Salieri, cela ne fait plus aucun doute, Mozart retranscrit sa musique sous la dictée de Dieu. La grande réussite du film réside dans ce face-à-face entre le surdoué et le petit talentueux, entre le génie et le médiocre. Dans cette dualité qui anime Salieri, partagé entre l’admiration et la jalousie, qui l’amène à être l’ami de Mozart et à oeuvrer contre lui. Le point culminant de ce film à la mise en scène sobre et baroque alternant l’intime et le spectaculaire, est la scène finale entre les deux hommes lorsque Mozart au seuil de la mort dicte à Salieri les notes de son Requiem. Ce dernier découvre en l’écrivant la musique si nouvelle, si moderne du génie qui sera toujours incomprise du vivant de Mozart car trop en avance sur son temps. 

2« Tous les hommes naissent égaux devant Dieu ?... » Cette phrase du prêtre venu lui rendre visite à l’asile fait plutôt sourire Salieri. Bien sûr, il était très renommé et sa musique était appréciée mais sa lucidité ne le rendait pas aveugle pour autant, il savait que la musique de Mozart traverserait les siècles et pas la sienne. Il était un médiocre, un imposteur qui est parvenu à se faire une place à la cour grâce à ces flatteries, à sa politesse pleine d’hypocrisie. De nos jours, les médiocres qui acquièrent une certaine renommée ne manquent pas (en cela, ce film est d’une cruelle actualité...) mais heureusement le temps fait le tri et ne garde que le meilleur, l’unique, l’extraordinaire. 

La musique et le personnage de Mozart pourraient se résumer en un mot: ambivalence. Mozart a 26 ans et en paraît 18. Forman en fait une sorte de punk avant l’heure. Il le présente comme un gamin espiègle, un homme qui n’aurait pas mûri et serait resté au stade des blagues les plus salaces et vulgaires. Il incarnera l’image romantique du génie incompris sombrant dans la folie et l’alcool, gagnant que très peu d’argent avec ces oeuvres. La musique est à l’image de cet enfant-vieillard: triste et gaie, pleine de vie et déjà tourné vers la mort. Amadeus nous permet de mieux cerner la personnalité complexe de Mozart et d’entrer dans l’intimité de la création artistique. Forman a rélisé un film à l’image de son personnage, un film de presque trois heures d’une extraordinaire vivacité qui passe comme un rêve. La musique ici est utilisée, nous pas pour accompagner une scène, mais pour la souligner, la justifier. Elle ne cesse de hanter Mozart et s’arrête lorsque sa femme s’adresse à lui. C’est de la mémoire de Salieri que jaillit toute cette histoire mais c’est la musique qui vient avant les images. Milos Forman est parvenu à rendre accessible le phénomène de la création. Le spectateur, à l’instar de Salieri, reste totalement fasciné, transporté.

G4121730364453Un dernier mot sur ce film. Comment ne pas évoquer le rire strident de Mozart. Un rire de gamin hystérique. Un rire aigu très communicatif pour le spectateur aussi surprenant que la musique de ce diable d’homme. Un rire qui conclut le film, la dernière chose peut-être que Salieri entendra avant de mourir et qu’il interprétera comme étant le rire de Dieu devant tant de médiocrités et d’hypocrisie. Un rire plein de vie en tout cas qui nous fait aimer Mozart et sa musique. Interprété par Tom Hulce qui trouvait là le rôle de sa vie et par F. Murray Abraham (pourtant trop âgé pour le rôle...), Amadeus fut un succès mondial et reçu 8 Oscars dont celui du meilleur film, acteur et réalisateur. A sa sortie, le film était déjà considéré comme un classique. Le temps lui a donné raison, Amadeus reste un film incontournable.

Secrets de tournage

Oscars et César

Nommé onze fois aux Oscars en 1985, Amadeus en a remporté huit : Meilleur son, Meilleur scénario adapté, Meilleur maquillage, Meilleurs costumes, Meilleurs décors, Meilleur acteur (F. Murray Abraham), Meilleur réalisateur (Milos Forman) et Meilleur film. Amadeus a également remporté la même année le César du Meilleur film étranger.

Succès

Doté d'un budget de 18 millions de dollars, le film rapporta lors de sa première sortie en 1984 aux Etats-Unis plus de 51 millions de dollars. En France, le film amena dans les salles plus 4,5 millions de personnes, dont environ 1 200 000 sur la région parisienne.

La lumière

Le film Amadeus a entièrement été tourné sous lumière naturelle. Afin de la diffuser lorsqu'elle était trop puissante, les techniciens posaient parfois de grandes feuilles de papier calque sur les fenêtres du plateau.

Le choix du titre

C'est le compositeur du film, Antonio Salieri, qui est à l'origine du titre Amadeus. Signifiant en latin l'aimé de Dieu, le prénom de Mozart représentait en effet pour lui sa conviction que le musicien était le compositeur préféré de Dieu.

Retrouvailles avec Mozart

Le comédien Simon Callow, qui interprète dans Amadeus le personnage de Emanuel Schikaneder, avait déjà joué le rôle de Mozart au début des années 80 dans une pièce retraçant le destin de l'illustre compositeur.

Mel Mozart Gibson ?

Mel Gibson a passé des essais auprès de Milos Forman dans le but de jouer le rôle-titre d'Amadeus.

Meg Tilly remplacée

C'est la comédienne Meg Tilly qui, à l'origine, aurait du interprêter le rôle de Constance. Mais celle-ci se cassa une jambe quelques jours avant le début du tournage d'Amadeus en jouant au football avec des enfants dans les rues de Prague (où le film devait être tourné). L'accident aura finalement profité à Elisabeth Berridge, qui s'est vu attribuer le rôle.

trailer

à propos de la reine de la nuit

la vidéo d'une fan (ça me fait penser à du sofia coppola)