22 avril 2008
Mardi 22 avril 2008 à partir de 22h45 : Inde 2025 Documentaire sur Arte
Quel sera le visage de l'Inde en 2025 ? Grâce à une croissance record, ce pays est devenu l'un des moteurs de l'économie mondiale. Mais arrivera-t-il à transformer cet essai en une prospérité durable ? Une fascinante immersion dans le présent et le futur de la plus grande démocratie du monde.
Mardi 22 avril 2008 à partir de 22h45
Documentaire (France, 2007, 105mn) ARTE F
Réalisateur: Mathilde Damoisel
Et surtout si vous ne pouvez pas être derrière votre écran ce soir là ou que vous oubliez la date revoyez ce documentaire durant 7 jours depuis le site http://plus7.arte.tv
Présentation du documentaire
Grâce à son dynamisme et aux grandes réformes de 1991, l'Inde est devenue l'une des locomo- tives de l'économie mondiale, surfant avec succès sur la cyber-révolution. Dans des centres d'appels où il est interdit de parler une autre langue que l'anglais, les coolies high-tech tra- vaillent à distance et à moindre coût pour des entreprises britanniques ou américaines. Maintenance informatique, gestion des ressources humaines... ils gèrent de plus en plus de tâches. Attirés par ce renouveau, les "cerveaux" commencent à revenir d'exil. Mais ce boom économique demeure fragile et ne profite pour l'instant qu'à une minorité d'Indiens. La classe moyenne supérieure ne repré- sente que 40 millions de foyers dans un environnement majoritairement rural où un tiers des habitants vit avec un dollar par jour... Ce pays qui sera le plus peuplé du monde en 2025, avec environ 1,4 milliard d'habitants, arrivera-t-il à répartir également les fruits de la croissance ?
India boom
Magarpatta City, ses bureaux high-tech, ses espaces verts et ses panneaux solaires. Symbole du boom économique indien, cette ville modèle, à la fois prospère et écolo, est le point de départ d'un passionnant voyage dans le sous-continent. Fera-t-elle des émules où s'agit-il d'un mirage ? S'inspirant du travail de prospective des experts du Forum économique mondial, ce documentaire tente dans sa première partie d'imaginer les évolutions possibles de l'économie indienne à l'horizon 2025.
La deuxième partie est consacrée à l'agriculture, indissociable du développement du pays. Celle-ci doit se réformer pour parvenir à nourrir une population en galopante expansion et permettre aux paysans de vivre de leurs terres. Quelle forme prendra cette deuxième révolution verte ? Là encore, plusieurs scénarios - modèle tradi- tionnel, alliance avec la grande distribution - sont envisagés.
Dernier volet, "L'Inde, une superpuissance ?" évoque la place et le rôle de cette démocratie géante sur l'échiquier mondial. De nombreux intervenants, majori- tairement indiens - intellectuels, entrepreneurs, économistes, agronomes... -, nous aident à prendre le pouls vif et désordonné de ce pays. Parmi eux, l'écrivain Pavan K. Varma, M. S. Swaminathan, le père de la première révolution verte, Vandana Shiva, la pasionaria de l'écologie, le politologue Christophe Jaffrelot. Bidonville, supermarché, école privée, rédaction du Vogue indien, coopérative agricole... les reportages complètent ces éclairages et nous font découvrir les multiples facettes d'une nation en mutation. À l'image de son objet d'étude, un documentaire foisonnant et captivant.
Plus d'infos sur cette page notamment d'autres reportages super intéressants et aussi des photos :
http://www.arte.tv/fr/histoire-societe/Inde-2025/1996506.html
21 janvier 2008
Documentaire sur les Hijras - sur Arte Mardi 22 janvier
Ne ratez pas ce superbe documentaire sur les Hijras demain sur Arte à 22h35 !
Des saris et des hommes
Titre original : Between the lines - Indiens drittes Geschlecht
Film, documentaire
Nationalité : allemand
Réalisateur : Thomas Wartmann
HISTOIRE :A Bombay, une photographe rencontre trois «hijras», des Indiens travestis ou transsexuels, qui lui font découvrir leur quotidien, entre danse, mendicité et prostitution.
RESUME :Pour les besoins d'un livre, Anita Khemka prend des clichés des «hijras», ces Indiens maquillés et drapés de saris comme les femmes. Sur une plage de Bombay, elle fait ainsi la connaissance d'Asha, un homme castré, et lui demande de bien vouloir lui faire découvrir l'univers de cette mystérieuse communauté, à laquelle on attribue des pouvoirs de bénédiction et de malédiction...
AVIS :Emaillé de propos parfois très crus, ce documentaire souligne le mélange de fascination et de répulsion exercé par la communauté transsexuelle sur le reste de la population indienne.
Rediffusion le mardi 29 janvier à 00h30
09 janvier 2008
Sarkozy en Inde: problème pour le protocole si Carla Bruni l'accompagne
NEW DELHI (AFP) - Les autorités indiennes seront confrontées à un casse-tête concernant le protocole à mettre en place si Carla Bruni accompagne Nicolas Sarkozy à l'occasion de la visite officielle du président français le 24 janvier en Inde affirme samedi la presse indienne.
Paris a fait savoir à New Delhi que la jeune femme était susceptible de l'accompagner lors de cette visite de plusieurs jours, a indiqué l'agence indienne PTI.
Mais selon l'agence, le ministère indien des Affaires étrangères s'interroge sur la place à donner à Carla Bruni dans le protocole. Celle-ci ne pourrait accompagner M. Sarkozy dans une cérémonie officielle, car "une petite amie n'est pas considérée comme une épouse", a affirmé de son côté le quotidien Indian Express, qui traite le sujet à la une.
"C'est peut-être la première fois que nous sommes confrontés à une telle situation", a déclaré un représentant du ministère indien des Affaires étrangères, cité par le journal, précisant que Paris et New Delhi avaient des discussions à ce sujet.
M. Sarkozy sera l'invité d'honneur des cérémonies du Jour de la République, le 26 janvier, qui marquent l'entrée en vigueur de la constitution indienne en 1950.
AFP - Samedi 5 janvier, 10h58
Je trouve pour ma part irresponsable de la part d'un président de venir en voyage officiel avec sa petite amie surtout quand on sait qu'il n'est pas encore divorcé .. et qu'en plus ça se passe en Inde. La moindre des choses quand on va dans un pays c'est de respecter les traditions.
Que le commun des mortels emmène sa secrétaire avec qui il trompe sa femme en voyage d'affaires passe encore mais le président se doit de donner l'exemple. Le coup du "et ben au moins ça prouve que c'est un homme comme les autres" ne justifie pas qu'il étale sa vie privée .. Gare à la confusion des genres entre people et politique .. Un nouveau genre est donc à la mode maintenant polipeople ou peoplitique.
Le premier désigne un politique qui se la joue people. on connaissait déjà des Chirac et autres Royal ou Strauss Kahn en couverture de Gala. Le deuxième désigne le people qui fraye dans les cercles politiques .. comme s'il voulait nous prouver qu'il n'a pas que le physique ou la célébrité ! Comme disait Carla dans sa chanson "Même si je suis top"
Même si je suis top
Ne soyez pas myopes
Et vous verrez que le meilleur
Se trouve à l'intérieur
Même si je suis top
Ne soyez pas myopes
Car question solidarité
Je n'manque ni d'atout ni d'attrait
Un vrai programme politique !! Carla devrait bien s'entendre avec Rachida.
31 décembre 2007
Vous aimez la musique ? Découvrez le festival des Musiques sacrées à Fès
Vous qui aimez les musiques du monde, vous ne devez pas rater ce festival qui a lieu chaque année depuis 13 ans à Fès au début de l'été.
Riche d'une histoire culturelle centenaire, Fès est le lieu rêvé pour accueillir la diversité et la grâce des musiques du monde, honorant un même dieu, celui de l'ouverture vers « les voies de la sagesse ». Mohamed Kabbaj, président du festival, explique lui-même que le Festival des Musiques sacrées du monde œuvre « pour que la diversité et le dialogue soient les hôtes de Fès, berceau de convivialité culturelle et spirituelle, à l'image de l'avenir qu'il nous appartient de bâtir ». Le message est clair…
Pendant des siècles, Fès a accueilli de nombreux artistes, intellectuels et savants. Son ouverture culturelle et son activité spirituelle ont rayonné très longtemps sur l'Orient et l'Occident, en particulier grâce à ses medersas et à sa célèbre université, la Qaraouiyyîn, édifiée en 857 et considérée comme la plus ancienne du monde.
C'est aussi la beauté de Fès qui attire. Sa richesse architecturale, les dédales bruyants et poussiéreux de son immense médina lui donnent un charme complexe. Les organisateurs ont donc bien fait de disséminer les concerts dans plusieurs lieux de la ville, pour permettre aux visiteurs de régaler leurs yeux en même temps que leurs oreilles. On pourra assister aux concerts sur la place Bâb Makina, constituée de deux places entourées de portes, où se déroulaient jadis les cérémonies officielles ; dans le musée Batha, construction andalouse du XIXème siècle ; et sur la place de l'Arc de Triomphe du site romain de Volubilis, au pied de la montagne Zerhoun. Dans le reste de la ville, aussi, on pourra trouver des cafés littéraires, des soirées soufies, des animations pour les enfants et des concerts gratuits.
Voir le reportage sur Mondomix :
http://www.mondomix.com/rep.php?url=http://www.mondomix.com/event/fes2007
Le site officiel du festival : http://www.fesfestival.com/
30 décembre 2007
Un CD à écouter Qawwali Flamenco
Le projet Qawwali-Flamenco est né de la rencontre de trois vocalistes d'exception : Faiz Ali Faiz accompagné de son ensemble Qawwali, les chanteurs Flamenco Miguel Poveda et Duquende accompagnés du guitariste Chicuelo.
L'association de Faiz Ali Faiz avec Miguel Poveda, qu'accompagne le chanteur Duquende et le remarquable guitariste Chicuelo, traduit une sorte de lien mystique entre deux traditions aux vieilles racines communes. Elle est né d'une proposition : mettre en relation deux grandes expressions vocales évoquant la relation de l'humain avec le divin ou de l'humain avec l'humain, aussi bien dans sa douleur d'être que dans ses joies, à travers une parole intense soutenue par des rythmes de danse et des frappements de mains. Ils remontent aux sources du chant andalou, cette plainte définitivement marquée par le questionnement sur l'exil et l'existence par ses complaintes sauvages et affectées, aux confins de la transe. Avec ses envolées vertigineuses, Faiz chante aussi la passion terrestre comme les ghazals persans, ces poèmes d'amour qui remontent au XIVe siècle, capable de réveiller chez l'auditeur, par connotations, une émotion mystique pouvant aller jusqu'à l'extase. Entre ces deux styles musicaux, entre ces deux cultures, il existe bien des convergences, des empathies, des émotions communes, un chant incandescent, comme venu des entrailles de la terre.
Pour écouter quelques extraits : http://www.accords-croises.com/fr/creation-bio.php?creation_id=2
Chroniques du spectacle : http://www.mondomix.com/qawwaliflamenco/index.htm
29 décembre 2007
Ma découverte du chant qawwali
J'ai découvert le chant Qawwali lors de récents concerts au Satellit café où se produisait un groupe en provenance d'inde, Mastana. Je suis également allée écouter Fareed Ayaz et son groupe au Théâtre de la musique.
J'ai été immédiatement séduite par ce genre musical. Les chants sont prenants, les chansons qui durent longtemps (15 minutes et plus) en comparaison des morceaux occidentaux vous laissent le temps de vous imprégner de l'univers.
Généralement les ensembles traditionnels de qawwali sont composés de neuf hommes : deux chanteurs principaux qui jouent de l'harmonium, cinq chanteurs de refrains qui battent la mesure avec leurs mains, un joueur de tablâs et un joueur de tambour dholak.
Le Qawwalî est un genre musical populaire de musique indienne tant en Inde qu'au Pakistan qui exprime une dévotion islamique soufi. Les chants de qawwalî se classent en deux groupes : les hamd ou manqabat qui sont des chants dévotionnels dédiés à Allah et les ghazal qui sont des chants profanes qui célèbrent le vin ou l'amour.
Je vous recommande vivement d'écouter les ensembles suivants :
Nusrat
voici quelques extraits de chants qawwali :
Farid Ayaz et Abu Muhammad
Farid Ayaz and Abu Muhammad sont les fils spirituels de Munshi Raziuddin. En 2006 ils ont remporté le prix de la meilleure performance au Pakistan pour leur chant sufi kalam.
Qaseeda Burdah Sharif by Farid Ayaz
Pour la petite histoire
Le Qawwali est un concept musical musulman soufi basé sur plusieurs genres poétiques et construit sur la structure classique du râg et du tâl. Le terme qui est dérivé de l'arabe qaul ("dire, credo, parole") désigne un genre musical propre à l'Inde et au Pakistan. Il s’agit d’un chant religieux destiné à véhiculer le message de la poésie soufie.
Le Qawwali est interprété par un ensemble de musiciens de sexe masculin (les Qawwal). Mélange à plusieurs titres, le Qawwali est à la croisée des chemins de l'Islam, du Soufisme et de l'Hindouisme, empruntant son répertoire au qaul arabe, à la poésie persane, au ghazal indo-persan et au bhajan hindou. Le Qawwali est une musique qui utilise la délicatesse des textes poétiques classiques pour provoquer l'extase de l'auditoire. Le très vaste répertoire exprime poèmes d'amour (ghazal), louanges à Dieu (hamd), au prophète (naat) et aux saints (manqabat) mais aussi de très surprenants textes ésotériques soufis. Les Qawwal utilisent aussi bien l’arabe, le persan, l’hindi, l’urdu, que le purbi ou encore le pendjabi.
Le chant des Qawwal est un amalgame de plusieurs types de musique, tous répendus au Pakistan:
-La musique classique, fondée sur des raga (modes) de l’ Inde, enrichis par des khayal (litteralement: imagination, fantaisie) inventés par Amir Khusrau.
-La musique semi-classique, representée par les thumri et dadra, chants d’amour sur des rythmes à 16, 14 et 6 temps pour dadra.
-La musique légère, qui permet une grande liberté de mélodie et de rythme. Elle est surtout utilisée pour chanter des poèmes d’amour.
Jusqu’à une époque récente, les Qawwal s’accompagnaient au sarangi (instrument à cordes à archet), au mandala (sorte de cithare), au kin (sorte de harpe) et au tampura ( instrument à cordes donnant la tonique). Mais à l’heure actuelle, du fait de la difficulté d’accorder les instruments, souvent joués en plein air, ils s’accompagnent à l’harmonium (portatif) introduit dans le sud de l’Inde par les chrétiens au XVII° siècle et au dholak (petit tambour à deux faces) ou plus généralement au tabla, le tout rythmé par les claquements de mains réguliers et rapides des Qawwal comme des battements de coeur (zarb).
Le Qawwali commence habituellement par un prélude instrumental à l'harmonium (naghma), suivi d'un sonnet (ruba'i) interprété par le soliste (mohri) dans le style du récitatif, sans percussion, enchaînant directement dans le "chant" proprement dit: un poème mystique de structure strophique qui sera repris par tout le groupe des Qawwal et donnera son nom à l'ensemble de la composition.
L’origine des chants Qawwali dans le sous-contient indien est profondément liée à l’implantation et à la propagation des confréries soufies qui s’y répandirent à partir du XIIIième siècle. La tradition Qawwal, à l’origine confinée dans les mausolées et les confreries, s’est depuis largement répendue et les Qawwal chantent maintenant à toute occasion de la vie (mariage, fête religieuse, commémoration ...). Au Pakistan, la musique Qawwali est l’une des plus populaires du pays. Elle couvre un large éventail de styles allant du classique au folk, du plus pur au plus commercial. Cette immense popularité provient en majeure partie du fait que le Qawwali s’est enrichi d’une imagerie poétique reniée partout ailleurs en Islam. Il est de tradition d’interpréter musiques et chants Qawwali soit en lieu de pèlerinage dédié à un saint, soit dans un lieu de rassemblement de l’ordre des soufistes. C’est ainsi qu’on pouvait voir chaque année Nusrat Fateh Ali Khan sur le lieu de pèlerinage dédié au saint Ganj-E-Shakar, auquel le troisième morceau de l’album The Last Prophet est dédié.
08 décembre 2007
Vous me reconnaissez ?
Entre Aldo Macione et Mickael Jackson .. et oui c'est SRK !
c'est là qu'on voit qu'avec les années un homme peut vraiment se bonifier !!!!!
07 décembre 2007
Bénarès, au bord du Gange et de l’asphyxie
Saturée, la ville sainte de l’hindouisme, sur les rives du fleuve sacré,le Gange, ne peut plus héberger dignement habitants et entreprises, quiferment les unes après les autres, constate l’hebdomadaire indien Tehelka.
On imagine souvent Bénarès comme un endroit hors du temps. Pourtant, la ville [lieu saint de l’hindouisme lové dans les boucles du Gange], s’est récemment dotée de centres commerciaux et de McDonald’s qui en font une parfaite cité du XXIe siècle. Si la vie à Bénarès s’écoule lentement, les affaires, elles, se concluent vite… Mais, alors, comment expliquer ce sauve-qui-peut général ?
Avec 4 millions d’habitants (et une densité de plus de 1 000 habitants au kilomètre carré), l’agglomération a franchi le seuil de l’implosion. Alors que tout se développait autour d’elle, sa superficie, elle, ne s’est pas étendue d’un pouce. Une foule ininterrompue d’hommes, de vaches et de véhicules hétéroclites engorge ses artères, tandis que la majeure partie de la ville est un sombre enchevêtrement de masures et de routes défoncées, baignant dans les gaz d’échappement des générateurs Diesel. D’ailleurs, ici, on ne va pas au centre commercial pour faire des achats, mais pour fuir ce cauchemar et se réfugier dans l’air climatisé. Et c’est un luxe qu’il faut payer! C’est pour cette raison que, quand vous arrivez au magasin, au bord de l’asphyxie, on vous demande un ticket [pour pouvoir entrer].
Pour remédier à cette situation, on a à plusieurs reprises parlé de construire une ville satellite appelée Naya Kashi, mais à chaque fois, le projet a été remisé pour une raison ou une autre. Naya Kashi reste donc une chimère, et Bénarès continue de ployer sous le poids de ses fardeaux. Arrivé récemment, Kishore Biyani, le roi de la grande distribution, fait remarquer avec horreur qu’il n’avait jamais vu une ville dont «tout le rez-de-chaussée n’est qu’une vaste vitrine de magasin». Ashok Gupta, propriétaire de Benaras Beads, le plus gros producteur de perles du pays, ne cesse d’exprimer son exaspération: «Ici, nous sommes privés d’électricité chaque jour pendant quatorze à seize heures… Qu’est-ce que je suis censé faire? J’aime profondément cette ville, et je suis trop vieux pour en partir, mais je ne peux pas en dire autant de mon entreprise.» Gupta a donc décidé de délocaliser son affaire en Chine. «Là-bas, les autorités vous donnent une usine complète en une semaine. Ici, je n’ai pas eu six heures d’électricité en cinquante ans!» Gupta et ses coreligionnaires avaient installé leurs locaux à Chandpur, la zone industrielle de la ville sacrée, située sur son flanc nord. Autrefois, on y comptait jusqu’à 200 usines. Aujourd’hui, c’est devenu un no man’s land, où 25 entreprises seulement sont encore en activité. Elles produisent des bricoles comme des gobelets en plastique, et n’ont même plus de verrou à leur porte. Naguère dynamique, le site de production est tombé en désuétude, et l’on ne s’émeut plus devant les bâtiments abandonnés, les machines rouillées et les ouvriers licenciés qui vivotent dans des taudis. Face à cette situation, Gupta confie, amer : «En tant qu’homme d’affaires, je suis plus redevable aux Chinois qu’à mes compatriotes. Les Chinois m’aident, alors qu’ici on ne me donne rien et en prime je me fais accuser de fraude fiscale.»
Et Gupta est loin d’être un cas isolé. Cinni, le pionnier des ventilateurs, s’est fait balayer en l’absence d’un soutien [financier] qui est pourtant largement disponible dans d’autres villes. «Cent millions de roupies [un peu plus de 17 000 euros], c’est tout ce dont j’aurais besoin, et pour un an seulement», déclare Chandrakumar Sah, aujourd’hui ruiné alors qu’il possédait jadis une entreprise prometteuse. «Delhi parle tout le temps du grand boom écoéconomique [indien], mais tout le monde se fiche qu’une entreprise présente dans le monde entier fasse faillite.»
Cette situation s’explique largement par la politique implicite des banques – elles n’accordent pas de prêts. Après s’être confortablement engraissées grâce aux profits réalisés par les commerces de la ville, elles n’entendent pas redistribuer aux citoyens la moindre miette de cette nouvelle richesse. «Les risques sont trop élevés, affirme un dirigeant. Le contexte est sinistre pour l’industrie : absence d’infrastructures, corruption de la police, instabilité politique, racket des mafias… Si une société fait faillite, nous nous retrouvons avec une dette insolvable. Il nous est impossible de prendre un tel risque.» Face à cet état d’esprit, il n’est pas surprenant que le seul écho que rencontrent les plaintes des entrepreneurs soit celui des murs vides de leurs bureaux.
Sankarshan Thakur, Tehelka (extraits), New Delhi
REPÈRES
Fondée il y a plus de deux mille ans, Bénarès est une des plus vieilles cités du monde. Elle se situe dans l’Etat de l’Uttar Pradesh, en bordure du Gange, le fleuve sacré, et aux confluents de deux rivières, la Varuna et l’Assi, auxquelles elle doit son autre nom de Varanasi. La face sud de la ville est bordée de ghâts, des marches qui permettent aux habitants de descendre au bord du Gange pour y faire leurs ablutions quotidiennes.
Lieu saint de l’hindouisme, la principale religion indienne, Bénarès est dédiée au dieu Shiva. Pour cette raison, on y observe tous les ans une procession de kanwarias, ou porteurs d’eau. Pendant un mois, des milliers d’hommes de toute l’Inde du Nord, vêtus de safran, la couleur de Shiva, viennent chercher de l’eau sacrée du Gange afin de l’offrir aux effigies du dieu installées dans leurs villages. Leur pèlerinage couvre souvent plus de 100 kilomètres.
30 novembre 2007
Devdas de Sanjay Leela Bhansali
Synospis
Devdas, le fils d'un riche propriétaire, et Paro, la fille d'un modeste voisin, s'aiment passionnément. Malheureusement, le père de Devdas n'accepte pas l'entrée de Parvati dans sa famille en raison des différences de classe sociale.
Paro va alors épouser contre son gré un propriétaire plus âgé qu'elle, et Devdas, parti à Calcutta, sombre dans l'alcoolisme.
Ce que j’ai aimé dans ce film :
· Shahrukh khan bien entendu
· Madhuri Dixit vraiment exceptionnelle
· La musique
· Les danses
· Les costumes
· La lumière et les couleurs
· Les décors
Fiche technique
- Titre : Devdas
- Réalisation : Sanjay Leela Bhansali
- Scénario : Prakash Ranjit Kapadia et Sanjay Leela Bhansali
- Musique : Ismail Darbar
- Date de sortie : 2002
- Film indien
- Format : 2.35:1 (couleurs)
- Genre : comédie dramatique
- Durée : 2h 58mn
- Tous publics
Distribution
- Shahrukh Khan : Devdas Mukherjee
- Aishwarya Rai : Paro (Parvati) Chakrabôrty
- Madhuri Dixit : Chandramukhi
- Jackie Shroff : Chunnilal
- Kiron Kher : Sumitra Chakrabôrty
- Smita Jaykar : Kaushalya
- Tiku Talsania : Dharamdas
- Vijayendra Ghatge : Bhuban Chowdhury
- Milind Gunaji : Kalibabu
- Ananya Khare : Kumud
- Manoj Joshi : Dwijdas
- Dina Pathak : Mère de Bhuban
- Vijay Crishna : Narayan Mukherjee
- Sunil Rege : Neelkant
- Jaya Bhattacharya : Manorama
- Apara Mehta : Badi Aapa
- Radhika Singh : Yashomati
- Kapil Soni : Mohendra
- Muni Jha : Kaka
- Amardeep Jha : Mère de Kalibabu
- Jha Bansaree : Paro enfant
- Madhani Mohit : Devdas enfant
- Aksha : Kalika
Analyse par Thomas Podvin
Il est difficile de parler de Devdas sans recourir aux superlatifs, tant ce film représente un véritable culte du beau. Il y a toujours un plus dans tout ce qui est mis en scène et cadré. Les actrices ont les mains maquillées et ornées de bijoux, elles portent des costumes chamarrés et évoluent dans des décors grandioses sublimés par un éclairage très travaillé. Mais Devdas n'est pas un exercice de style friqué et vain. Les magnifiques décors raffinés, presque baroques, le maquillage, les costumes et accessoires, et la photographie ainsi que certaines idées de mise en scène subliment les personnages et leur histoire. Tous ces éléments participent au spectacle et sont adroitement utilisés pour exprimer des sentiments et des émotions ineffables. Le talent du réalisateur, et de son équipe, est d'avoir mis une débauche de beauté et de splendeur au service de son propos et du parcours des personnages.
L'un des grands atouts du film est ainsi d'échapper aux travers typiques de ce genre de produit. Le réalisateur évite soigneusement de longs tunnels dialogués pour expliquer une histoire ou des sentiments. Il choisit plutôt de les montrer et de les dévoiler en recourrant à tous les éléments visuels (photographie, montage, décors, accessoires…) et sonores propres au médium. Toutes les ressources cinématographiques disponibles sont donc employées au maximum. La photographie est évidemment l'outil à l'efficacité la plus visible. Dans la scène au clair de lune où Devdas découvre le visage de Paro, les deux amoureux sont enrobés par une réflexion mouvante des vitraux colorés sous les rayons lunaires. Celle-ci accentue la révélation magnifique et souligne la comparaison entre la beauté des traits de Paro et de la lune. Le montage à également son importance. La séparation des deux amants est montée en cross cuting ou montage alterné, entre ici un flash back et une scène actuelle. Ce procédé permet de mettre en parallèle les tragédies du passé et du présent et donc démultiplie leur intensité dramatique. Enfin, l'ambiance sonore appuie les effets. Le bruit du tonnerre ou d'un claquement de fouet vient appuyer un moment tragique ou une terrible révélation.
Le fond et la forme vont ainsi se compléter, s'harmoniser et sublimer l'histoire des personnages. Le film prend des allures de conte de fée après le premier tiers. Tout converge alors vers un spectacle d'une intensité et d'une beauté extrême. Lors de la scène à la source entre Devdas et Paro, la lumière de la lune les illumine d'une clarté quasi féerique. Le film entre alors dans une phase plus onirique, en dehors des réalités d'une simple histoire d'amour, et évidemment loin du quotidien indien (lieu et époque demeurent assez flous). Devdas est devenu gentleman tandis que Paro possède tous les atours d'une princesse de contes. Le premier ne peut se soustraire à son déclin malgré toutes ses vertus. Paro, elle, change de statut et évolue dans un environnement qui correspond à ses métamorphoses. D'abord jeune fille qui attend Devdas dans sa chambre, elle prend ensuite des allures de belle au bois dormant orientale au clair de lune. Puis elle acquiert une situation stable d'épouse d'aristocrate et de mère au sein d'un palais grandiose où un plan majestueux lui donne les apparences d'un personnage de peinture assujettie à son environnement et au décorum. Par la suite, sa grandeur, son charisme, le luxe des ses vêtements et bijoux révèlent l'importance de sa situation de maîtresse de maison.
En utilisant tous les moyens mise à disposition, le réalisateur Sanjay Leela Bhansali réussi avec rigueur et sans digression inutile à imprimer sur pellicule le pathos de ses personnages et à redonner ses lettres de noblesse au genre de la comédie mélodramatique indienne. L'histoire d'amour de trois heures ne s'essouffle pas car de nouveaux éléments viennent s'ajouter au récit et maintiennent l'intérêt du spectateur tout en faisant progresser l'intrigue. Ce qui ne veut pas dire que Sanjay Leela Bhansali ne prenne pas son temps pour ménager de purs moments de poésie (avec danses et chants par exemple) ou des instants lyriques (dialogues imagés, poétiques et / ou à plusieurs niveaux de lectures) qui confirme la filiation du film à la littérature. Pour mémoire, le scénario est basé sur un roman classique indien déjà maintes fois porté à l'écran. Devdas est un film populaire, mais qui offre une plus-value indéniable par rapport aux autres films commerciaux Bollywood du genre. Il ne sombre pas dans les écueils faciles du mélo. Le film n'est ni kitch, ni ennuyeux et tout en impliquant le public au divertissement, il évite de prendre le spectateur en otage d'une déferlante de bons sentiments et de débordements lacrymaux (comme le laissait faussement présager le premier quart d'heure). Bref, il titille autant l'affect que l'intellect, il contente autant le goût du beau que le pathos. Ce qui mérite tout de même la plus grande attention.
Secrets de tournage
Devdas, a bénéficié d’un des plus gros budgets jamais alloués pour un film indien, plus de 13 millions de dollars. En regardant le film on comprend vite pourquoi : tout est sublime et extravagant que ce soit dans les costumes, les décors, les lumières, …
Chansons et danses
Pour son Devdas, le réalisateur Sanjay Leela Bhansali a choisi d'inclure de nombreux numéros musicaux, chantés ou dansés. Pas moins de deux ans et demi ont ainsi été nécessaires à la composition de tous les morceaux, chaque chanson prenant par ailleurs dix jours à être enregistrée.
La production de Devdas a souffert des conditions climatiques particulières à l'Inde. Ainsi le lac autour duquel une large partie des décors ont été construit s'est-il asséché au fur et à mesure du tournage, posant de nombreux problèmes de raccord. Quant à la pluie, elle a considérablement gêné la construction du palais de Paro, même si celle-ci avait été planifiée de novembre à juin, les mois sans mousson. Les chutes d'eau incessantes ont obligé les équipes techniques à repeindre le décor à plusieurs reprises.
Dans la grande tradition des films indiens, Devdas montre d'impressionnants costumes, confectionnés pour la plupart à partir de pièces trouvées à Calcutta. Ainsi les sarees (habits féminins traditionnels) portés par Paro tout au long du film ont été fabriqués à partir de 600 saree achetés.
Présenté à Cannes
Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2002, Devdas a été sélectionné pour représenter l'Inde à la cérémonie des Oscars 2003, même si le film n'a finalement pas été retenu dans les nominations. Devdas a également été nommé aux BAFTAS (British Academy Film Awards), dans la catégorie Meilleur film en langue non anglaise
Le roman
Devdas est un roman Bengalî publié en 1917, écrit par Sarat Chandra Chatterjee (1876-1938, de son nom bengali de naissance "Chattopadhyay")
C'est l'histoire d'un amour passionné et contrarié entre Devdas, fils d'un riche "zamindar" ( propriétaire de plusieurs villages ), et de sa voisine Paro ou Parou (diminutif de Parvati ou Parvoti), fille de voisins d'une condition sociale plus modeste. La famille de Devdas s'opposant à leur union, Devdas va sombrer dans la déchéance et l'alcool, tandis que Paro va se résigner à épouser un riche veuf.
Dans une traduction d'Amarnath Dutta, le narrateur conclut cette histoire par ces mots émouvants : "Je n'ai aucune idée de ce que Parvoti est devenue maintenant à la suite de tant d'années. Je ne cherche pas à le savoir non plus. Mais c'est pour Devdas que j'éprouve un profond chagrin. Après avoir lu l'histoire tragique de sa vie, vous éprouverez sans doute le même sentiment que moi. Néammoins, si jamais vous rencontez un malheureux, un débauché et un pécheur comme Devdas, alors priez pour son âme. Priez pour que, quoi qu'il advienne, personne ne meure de la même façon pitoyable que Devdas. La mort n'épargne personne. Mais qu'à cette dernière heure, le front du mort reçoive le toucher de doigts affectueux, que la flamme de la vie s'éteigne sous le regard d'un visage empli d'affection et de compassion, qu'il voie au moins une larme dans les yeux d'un être humain. Ce serait pour lui un bonheur suffisant au moment de son départ pour l'autre monde."
Souvent comparé à un Roméo et Juliette indien, le roman connut un immense succès et fit l'objet de plusieurs traductions et de nombreuses adaptations cinématographiques en Inde, une des plus fameuses est celle de Bimal Roy, la plus récente étant celle de Sanjay Leela Bhansali.
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29 novembre 2007
Dracula de Francis Ford Coppola
Synopsis
En 1462, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s'établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. Arrivé en Transylvanie sur l'invitation du Comte Dracula qui souhaite acquérir une propriété à Londres, Jonathan Harker tombe sous l'emprise du comte et de ses maîtresses. Pendant ce temps Dracula se rend à Londres où il entreprend de séduire la fiancée de Harker, portrait vivant de sa femme bien aimée, Elisabeta, morte au XVIème siècle
Ce que j'aime dans ce film :
- l'histoire d'amour passionnée entre wilhemina murray et le comte Dracula
- la photographie
- la musique de Wojciech Kilar sublime
- les acteurs en particulier Winona Ryder et Gary Oldman
- les costumes dont certains inspirés d'oeuvre d'art comme la robe dorée de Dracula inspirée par les tableaux de Klimt
- les vampires femmes dont notamment Monica Belluci
Fiche technique
- Titre : Dracula
- Titre original : Bram Stoker's Dracula
- Réalisation : Francis Ford Coppola
- Scénario : James V. Hart et John Veitch (d'après le roman de Bram Stoker)
- Production : Francis Ford Coppola, Fred Fuchs et Charles Mulvehill
- Musique : Wojciech Kilar
- Photographie : Michael Ballhaus
- Montage : Anne Goursaud
- Décors : Thomas E. Sanders
Distribution
- Gary Oldman : Dracula
- Keanu Reeves : Jonathan Harker
- Winona Ryder : Mina Murray / Elisabeta
- Anthony Hopkins : Abraham Van Helsing
- Richard E. Grant : docteur Jack Seward
- Sadie Frost : Lucy Westenra
Cary Elwes : Lord Arthur Holmwood
- Billy Campbell : Quincey P. Morris
- Monica Bellucci : une des concubines de Dracula
- Tom Waits : R.M. Renfield
Extraits vidéos
Analyse
LES PREMIÈRES bandes-annonces de "Bram Stoker's Dracula", en inscrivant en lettres de sang identiques leurs noms respectifs, semblaient suggérer que l'essentiel du film résiderait dans la confrontation entre un cinéaste et son sujet à savoir un choc entre deux figures légendaires : DRACULA et COPPOLA.
Francis Ford Coppola, c'est le dernier nabab, le démiurge taciturne, le seigneur retranché dans ses studios, celui qui après le triomphe des deux premiers "Godfather" ("Le Parrain I" et "II") et leur pluie d'oscars, après les consécrations cannoises de "The Conversation" ("Conversation secrète") et d'"Apocalypse Now", enchaîna faillite sur faillite, échec public et indifférence critique (ou vice versa) sans cesser de bénéficier d'une aura impressionnante et persistante d'artiste de premier plan.
Dracula, c'est le vampire le plus célèbre, la créature des ténèbres à la sinistre réputation qui - du roman original de Bram Stoker à ses innombrables avatars cinématographiques, télévisuels, théâtraux, picturaux etc. - est devenu un mythe incontournable de l'imaginaire collectif contemporain (sans oublier que cette "légende" puise son origine dans une réalité historique). Il est assez rare qu'un film occasionne une rencontre pareille. C'est la première fois en tout cas que Coppola s'attaque à un mythe aussi universel, aussi étroitement "codé" dans l'esprit du public, avec tout ce que cela comporte de risqué et d'intimidant. Le roman de Mario Puzo dont Coppola tira sa trilogie du "Parrain" était déjà un best-seller. Mais c'est sa version filmée qui a permis à ses personnages - via l'interprétation de Marlon Brando, d'Al Pacino, de DeNiro et des autres - d'accéder à un statut quasiment légendaire. Coppola est donc non seulement un cinéaste "mythique" mais c'est également un créateur, voire un re-créateur de mythes. Or avec "Bram Stoker's Dracula", le "faiseur de mythes" s'est attaqué à un mythe déjà "fait", pré-constitué, aux caractéristiques littéralement archétypiques. Il s'agit donc pour le cinéaste de procéder à une re-constitution de son sujet, soutenue par le scénario de Jim Hart (dont je vais reparler). Mais jusqu'à quel point peut-on revisiter Dracula et son univers dont les règles et les codes sont si strictement définis (non seulement par rapport au roman d'origine mais aussi dans ce qui le rattache au genre fantastique tout entier) sans s'échouer sur les écueils du fourre-tout baroque ou du post-modernisme stérile ?
Adaptation(s)
Le nom de Bram Stoker figure dans le titre même du film tel qu'il est sorti aux USA. Ainsi Coppola annonce clairement la couleur : c'est le "Dracula de Bram Stoker" que nous allons voir. Louable initiative que de proclamer d'emblée la fidélité d'une adaptation à son modèle. Encore convient-il de nuancer cette revendication d'authenticité et savoir surtout à qui l'on s'adresse. Le grand public se moque éperdument de savoir si le livre sera respecté (et nous parlons des gens qui savent que ce Dracula était d'abord un roman, autant dire une proportion de spectateurs relativement faible...) : il attend le grand frisson, il veut claquer des dents et sursauter, comme il l'a certainement déjà fait devant les précédentes adaptations du roman en ignorant très souvent jusqu'à l'existence même de ce dernier. C'est le nom de Dracula qui frappe l'esprit du spectateur ordinaire et non celui de Bram Stoker (le titre français ne s'y trompe pas qui élimine purement et simplement ce dernier). Quand aux puristes, ou du moins ceux qui connaissent le roman original, ils sont en droit d'attendre une retranscription à la fidélité irréprochable, dans la lettre et dans l'esprit. Une fidélité qui fut le leit-motiv - pas vraiment à juste titre d'ailleurs,nous le verrons - des diverses interviews de promotion du film, des acteurs au scénariste, en passant par le réalisateur lui-même.
Avouons-le d'emblée, tous seront, à divers degrés, surpris ou déçus. Mais je m'empresse d'ajouter que le "Dracula" de Coppola est effectivement sur le plan du récit pur, la version la plus fidèle à ce jour du livre de Stoker : le script de Jim Hart (auteur du sinistrissime "Hook" de Spielberg) respecte tous les grands chapitres de l'histoire, restitue des épisodes négligés autrefois, n'oublie aucune scène "à faire" (en rajoute même un peu si besoin est) et réintroduit chaque personnage créé par Stoker, alors que, pour des raisons sans doute légitimes de concision et d'efficacité, les versions de Murnau ("Nosferatu", 1922), Browning ("Dracula", 1931), Fisher ("Dracula", 1958) Badham ("Dracula", 1979) et Herzog ("Nosferatu", 1979) pour citer les plus connues, supprimaient certains protagonistes, certaines séquences ou les modifiaient, lorsqu'elles ne les faisaient pas tout bonnement fusionner.
Mais qui trop embrasse mal étreint, et à vouloir conserver la quasi-totalité de l'imposant matériau d'origine, on court le risque d'un déséquilibre narratif en privilégiant des épisodes qui ne le méritent pas, au détriment d'autres moins spectaculaires mais plus "signifiants", ou, et c'est le cas ici, d'une erreur inverse : "noyer" l'ensemble du récit dans une ligne continue trop "régulière", où les séquences s'enchaînent à toute vitesse sans jamais vraiment capter toute l'attention du spectateur.
On peut à ce titre se demander si le script de Hart peut suffire à captiver un public qui n'aurait jamais lu le roman de Stoker et qui possède (ou non) une vague connaissance de ses péripéties principales . Le récit lui-même possède t-il de quoi "captiver" le spectateur ? Les personnages sont-ils capables de susciter ce bon vieux sentiment d'identification, condition imparable au succès d'un film "populaire" ? On peut en douter...
La figure cyclique du mal était déjà au coeur de la problématique exposée dans la trilogie "Godfather". Les parrains s'y succédaient les uns aux autres, sans que cela puisse du moins en apparence s'arrêter un jour, au rythme lancinant de la Godfather Waltz de Nino Rota (la valse étant une danse à motif "circulaire"). Avec une terrible lucidité, Kay (Diane Keaton), la femme de Michael Corleone (Al Pacino) se rendait compte du caractère inéluctable de cet "éternel retour", de ce cycle infini de violence et de mort. C'est ce qui la conduisait, en subissant un avortement, à tenter de mettre un terme à cette funeste descendance. Van Helsing (Anthony Hopkins) et les tueurs de vampires poursuivent le même but : il s'agit d'empêcher que le mal, ce fléau, cette épidémie, ne se répande et se perpétue au delà des siècles. C'est peut-être aussi une des nombreuses raisons qui poussent le Capitaine Willard à supprimer le Colonel Kurtz dans "Apocalypse Now". C'est aussi tuer l'Autre pour ne pas devenir son semblable, voire pour ne pas ressentir l'envie de le devenir... C'est échapper au pouvoir du vampire, comme Dixie (Richard Gere) qui tente d'arracher Vera (Diane Lane) des "griffes", de l'influence maléfique du gangster Dutch Schultz dans "Cotton Club" (les truands des films de Coppola ont, j'y reviendrai, plus d'une caractéristique démoniaque ou vampirique, le goût du sang n'en est pas la moindre.).
Sur un plan plus "spatial", plus "social", "Bram Stoker's Dracula" ne fait que poursuivre une autre problématique développée dans la plupart des autres films de Coppola. Le cercle représente la figure fondamentale de l'organisation communautaire : une famille est un premier cercle qui s'inscrit dans un un deuxième cercle plus vaste : la mafia ("The Godfather", "Cotton Club"), l'armée ("Gardens of stone") etc. de manière concentrique. Tout le cinéma de Coppola s'articule autour du cercle communautaire, des problèmes rencontrés par ceux qui veulent y entrer ou en sortir (et s'il suffit d'un sourire et d'une accolade pour être admis dans la firme "Tucker", combien d'épreuves plus violentes faut-il subir pour faire partie de la mafia, d'un gang de jeunes - "Outsiders", "Rumble Fish" - ou ici de la terrifiante "famille" des sombres créatures de la nuit !) et des conflits qui vont opposer ces groupements humains (ou non-humains !) les uns aux autres. Car comme dans les épopées guerrières d'Eisenstein, Welles ou Kurosawa (en passant par l'influence incontournable : Shakespeare !), nous sommes ici au coeur d'un cinéma de guerre des clans, d'affrontement entre communautés : qu'il s'agisse de peuples ou de nations toutes entières (la guerre du Vietnam dans "Apocalypse Now" et "Gardens of stone", le prologue - fabuleux - de "Bram Stoker's Dracula" et ses batailles entre Turcs et Roumains), de gangs, de bandes de jeunes et, dans le film qui nous intéresse, de vivants et de morts-vivants.
Être admis dans le cercle. En être exclu. Y être accepté à nouveau puis encore rejeté et ainsi de suite. C'était un des thèmes de "The Godfather", c'est encore un des thèmes de "Dracula". A cet égard, la scène où Van Helsing trace un cercle de feu autour de Mina et lui pour échapper aux démoniaques égéries du Comte est fortement signifiante. Le chasseur de vampires tente de se protéger, de sauver Mina par la même occasion. Tout comme Kay Corleone essaie de préserver ses enfants de l'influence maléfique de leur père en les éloignant de la "famille".
Mais chassez le (sur)naturel et il revient au galop ! Car, si l'on parle de "cycle", il faut se préparer un jour ou l'autre à un retour en force de ce que l'on croyait avoir fait disparaître. Le vampire étant par définition un "revenant", ce retour du "refoulé" est également et logiquement au coeur du cinéma coppolien.
Retours
Un jour ou l'autre, le cercle se referme sur lui-même. Les rapports entre la Transylvanie et l'Angleterre dans "BSD" rappellent ceux qui unissaient la Sicile et les USA dans "The Godfather". Le cinéaste insiste sur l'origine du mal, sur le berceau ancestral de la peste, de l'épidémie (gangstérisme ou vampirisme) qui va contaminer d'autres terres... À ce titre, le superbe prologue de "BSD" - de loin le meilleur ajout de Coppola et Jim Hart au matériau original - et toute la dernière partie du film qui sont étroitement liés et "encerclent" le corps central du récit, constituent ce que Thierry Jousse (Les cahiers du cinéma) appellait pour parler des séquences en Sicile de la saga du "Parrain" un terrifiant "retour sur les lieux du crime", motivé par une quête obsessionnelle de la "scène primitive" à l'origine du fléau.
La notion d'inéluctable, ce fatalisme de l'éternel retour dominent également l'évolution des personnages et leurs actes. Michael Corleone ne peut s'empêcher de donner la mort : lorsque l'on a l'impression qu'il va fléchir, sa décision n'est que différée (la mort de Carlo, celle de Fredo). Le Colonel Kurtz, comme le Minotaure de la nouvelle de Borges, accepte son sort d'animal "sacrifié" et meurt sous les coups de Willard sans vraiment se défendre. On ne peut échapper à sa condition de tueur que dans la mort, comme le vampire ne redevient humain qu'après avoir été - définitivment - tué. Le personnage coppolien tente tout de même de se dresser contre la fatalité avec obstination (Harry Caul veut empêcher un meurtre qui lui semble inévitable dans "The Conversation", Preston Tucker veut prouver, contre vents et marées que son projet de "voiture de demain" doit devenir une réalité, Michael Corleone cherchera à dégager sa famille des affaires criminelles etc.) Mais ces tentatives se soldent souvent par un échec ; tout comme Peggy Sue, qui n'est pas parvenue à modifier sa destinée, les "amants" de "BSD" ne réussissent pas à braver la course du temps et comme dans "One from the Heart, le rêve impossible s'achève avec le lever du jour et le retour à l'ordre naturel de la réalité s'impose à nouveau.
Dracula, le "revenant" est bien sûr placé sous le signe du "retour" : tant qu'il n'est pas définitivement éliminé, il "revient" sous diverses apparences, toujours plus féroce. Impossible de ne pas penser à cette scène de "The Godfather Part II" où Michael, comme surgi des ténèbres demande à Kay de lui laisser voir ses enfants. Vêtu de sombre, le teint blafard, les cheveux noirs plaqués vers l'arrière, il a tout du mort-vivant. Toute la dernière partie du film accentue l'aspect macabre de sa silhouette. Il n'est pas moins terrifiant que le Comte Dracula, surgissant à la fenêtre de la chambre de ses victimes.
Pouvoirs
Comme pour respecter les règles de la tragédie classique, les personnages coppoliens sont souvent des individus puissants, bardés de responsabilités, des chefs situés au sommet d'un empire, d'une grande famille, d'un peuple, d'un gang, d'une entreprise etc. Chacun à leur manière, Vito et Michael Corleone, le colonel Kurtz, Rusty James, le Sergent Hazard (James Caan dans "Gardens of Stone"), Preston Tucker, Dracula commandent à un groupe, à une communauté. Mais le pouvoir doit se transmettre. Et de façon plus ou moins concrète, selon les cas... Toute la trilogie de "The Godfather" s'articule autour de ces cérémonies de passation de pouvoir entre parrains, de ces responsabilités que l'on confie à tel ou tel membre de la "famille". Mais au delà du protocole et des hommages rendus, c'est avant tout le sang (sicilien dans "The Godfather") qui dans la plupart des cas donne droit au pouvoir. Et c'est dans le sang (élimination d'un rival, règlement de compte) et/ou la mort (à la manière des rois qui se succèdent) que l'on accède au sommet. Le "Motorcycle Boy" meurt et Rusty James prend sa place, illustrant au passage la thématique coppolienne de l'éternel retour. Lorsque Willard élimine Kurtz, il est plus que probable qu'il ressente la tentation de se substituer à lui, une fois sa "mission" accomplie (ce qui arrivait effectivement dans une des fins "alternatives" du film...).
La solitude que connaît celui qui exerce le pouvoir est une solitude nocturne, obscure. Michael Corleone, Kurtz, Howard Hughes dans "Tucker" préfigurent le Comte Dracula retranché dans son impressionnant château transylvanien. Les "plombiers" de "The Conversation", les gangsters de "Cotton Club" se réunissent et "travaillent" dans l'ombre. Comme je l'avais déjà fait remarquer par ailleurs, les acteurs James Remar ou Joe Dallessandro, accentuent par certains aspects (vétements, maquillage, coiffure) le côté démoniaque de Dutch Schulz et Lucky Luciano. Pour des gangsters, ils rappellent étrangement Bela Lugosi dans le "Dracula" de Browning ou Udo Kier dans le "Blood for Dracula" de Paul Morrissey et Andy Warhol... Il n'y a rien d'étonnant à ce que les films de gangsters et de vampires, surtout chez un même auteur, fasciné par ces figures de "donneurs de mort" aient des points communs. Toute la deuxième partie du "Scarface" de DePalma et à un degré moindre certains passages du "Casino" de Scorsese sont riches de résonances macabres, mortifères et quasi-vampiriques. Rien de surprenant disais-je, lorsque l'on sait que les cinéastes de cette génération, quand ils n'ont pas carrément fait leurs premières armes dans le genre (Coppola avec "Dementia 13" pour Corman) ou "percé" grâce à lui (DePalma), ont, comme Scorsese, à travers la vision répétée des classiques de Fisher et Corman assimilé et intégré à leur style, certaines "ficelles" du cinéma d'épouvante. Chez ces réalisateurs, amoureux de la série B et du film de genre, le fantastique, quoiqu'il arrive, n'est jamais très loin...).
Mais la solitude et le confinement "imposés" par le pouvoir restent associés à la notion d'exil, très importante chez Coppola, dans la mesure où le seul moyen qui s'offre à un Sicilien en Amérique, à un Roumain en Angleterre, à un mort chez les vivants, pour compenser et surmonter sa non-intégration est de fonder sa propre communauté, sa propre famille au risque de se retrouver, au terme d'une ascension sanglante, tout seul au sommet.
Femmes
Mais plus que tout cela, et malgré toutes les réserves que l'on pourrait avancer à la vision de ce grand spectacle baroque, par moments assez maladroit mais aussi souvent réellement foisonnant, impressionnant de beauté et de richesse esthétique (quelle somptueuse photo, digne d'un Technicolor de l'âge d'or hollywoodien ! Sirk et Minelli une fois de plus chez Coppola ne sont pas loins. Le fourmillement de détails visuels, le faste des couleurs nous rappellent également que Coppola admire le "Lola Montes" d'Ophüls et n'oublions pas un prologue eiseinsteino-shakespearien barbare et tragique qui constitue une des plus belles choses que le cinéma américain nous ait donné ces dix dernières années), ce qui fait que ce "Bram Stoker's Dracula" est bel et bien "un film de Coppola" (mais comment pourrait-il en être autrement ?).
Ne nous leurrons pas : on ne peut pas, sauf en faisant preuve d'une outrancière mauvaise foi, prétendre que l'auteur de la trilogie du "Parrain", d'"Apocalypse Now", de "The conversation", de "Rumble fish" pourrait se contenter de livrer clé en main au public un blockbuster impersonnel et sans âme ! C'est le sentiment, d'abord diffus, puis de plus en précis au cours du film que son personnage central est moins le seigneur des vampires que l'objet de sa quête désespérée, cette femme : Mina (reflet intemporel de la bien-aimée morte prématurément pour une romance aux résonances nécrophiles - "Vertigo", "Obsession", "Body Double" - qui confirme sa prégnance dans l'imaginaire des cinéastes de cette génération) qui atteint au fil du scénario un objectif de libération, d'émancipation de plus en plus net, qui tente de se libérer d'un carcan social et culturel trop étroit, de sa condition de jeune fiancée idéale promise à un avenir tracé de A à Z par sa communauté (un schéma classique repris avec succès, c'est le moins qu'on puisse dire, par Cameron dans "Titanic").






